Cantilène, une pédagogie liturgique

publié le Dimanche 17 avril 2016 par
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Joëlle Gouel
Direction et création de répertoire pour Cantilène (1981-1991)

Ensemble vocal affilié au mouvement A Coeur Joie
fondé en France par César Geoffray
(présidence pour la Suisse, Nicolas Ruffieux)
Photo : Liturgie au temple de Vandoeuvres, Genève (Suisse)
avec le pasteur Etienne Sordet, Président du Consistoire ERG

 

 

 

Le Chant de l’Eglise – Introduction
Le Chant de l’Eglise concerne l’art musical, sa pratique et sa mise en oeuvre liturgique et hymnodique. La musique peut être considérée de façon esthétique, ou de manière utilitaire comme servante d’un dogme, d’un corps existant (armée, consommation, théologie). La musique est un instant de vie. Elle n’existe que dans le temps immédiat qui vient et qui est là, mais aussi un temps passé que l’on fait revivre, une oeuvre vivante ancrée dans l’histoire des hommes et que l’on entend respirer.
La théologie liturgique offre le support de son organisation : offices, cycles journaliers, hebdomadaires, annuels, fixes et mobiles. Après une recension (histoire, hymnographie) la théologie s’arrêtera là où la pratique et l’analyse musicales commencent. C’est au tour du musicien de devenir théologien ! Vivre et exprimer musicalement la liturgie relève d’une pratique vivante et régulière, éprouvée et revisitée en profondeur dans son rapport avec la société dans laquelle elle s’exprime. Une société elle aussi modelée par son histoire particulière et sa patrie.
Bibliquement, la musique fait partie d’une révélation liturgique concernant l’organisation, le contenu et la vision. Reste à entrer dans des textes qui - s’ils ne nous donnent pas la notation musicale (vérifier quand même Suzanne Haïk Vantoura…) - l’attestent par des signes et des principes, et non pas des moindres, compréhensibles aujourd’hui. Les Cahiers ont tenté cette « lectio musicale », and God help us …

La jeunesse du coeur
Jeunes gens et jeunes filles, en particulier, par leur fraîcheur et leur spontanétié, offrent une capacité musicale pédagogiquement maléable au style, au bon goût, au travail et à la joie du chant. Etonnemment, l’Eglise aujourd’hui ne donne que très peu d’attention au chant de ses jeunes, pour des raisons de méconnaissance de la pratique elle-même et autres amalgames étranges et étrangers à cet art - e.g. un très grand choeur interprétant une oeuvre sacrée d’importance n’aura pas plus, ou moins, de capacité spirituelle à l’offrir à son auditoire. Pas plus que les prières, d’autre part, ne remplaceront le manque de capacités musicales qui blessera la pensée créationnelle.  Tout dépendra de l’approche que l’on fera d’une oeuvre, l’une et l’autre résidant de façon égale dans le domaine musical, de l’interprétation d’un contenu existentiellement donné : soit une piété tournée vers soi-même (sentimentalisme) soit une connaissance de style et la capacité à l’exprimer clairement et musicalement dans une soumission à l’objectivité que celui-ci confère. Si la connaissance de style se rapporte à la loi, l’interprétation musicale en est son accomplissement. Le mystère musical reste entier en cela que son sens relève à la fois de la tête et du coeur.

Une vision pédagogique
Cantilène, un ensemble vocal de jeunes amateurs formés à la pratique de la musique sacrée et liturgique  fait partie de la vision pédagogique (ci-dessus) dans laquelle je me suis engagée en acceptant de m’en occuper à leur propre demande. Orienté vers la langue française, son répertoire a été enrichi par l’apport de pièces anglo-saxonnes adaptées dans notre langue, ainsi que par des compositions contemporaines écrites dans ce même but (*commissions), créant les conditions de l’élargissement du répertoire choral francophone destiné à la liturgie.
La vie de l’ensemble ou groupe vocal dans le cadre interne de l’Eglise (Le Chant de l’Église) nécessite une grande attention, tant par la tension, voire les polémiques que le seul choix de la musique génère et l’effort qu’elle nécessite pour y arriver. Le dur travail, le contenu liturgique des pièces choisies, et la prière, sont-ils des moyens permettant d’arriver à la Beauté et à l’élévation des coeurs ? Comment dépasser le phénomène mensonger des stars académies, des temps défigurés où la sonorisation et l’image de soi précèdent la musique, les dieux incontournables de la société actuelle ? Quels rapports entre la culture et le Royaume de Dieu ?

Construire un répertoire liturgique
Dans le cadre du chant dans la liturgie francophone actuelle  il est malaisé de trouver un répertoire artistique de valeur et c’est dans l’histoire du Chant de l’Eglise qu’il faut chercher. D’autre part, respecter le timbre, l’agilité et les connaissances du groupe – lorsque de jeunes chanteurs désirent prendre part artistiquement à la liturgie – nécessite de nombreuses heures (années) de recherche, à collectionner, explorer, voire créer, des partitions musicales dignes de ce nom.

Adaptation de textes en langue française
Oublier une fois pour toutes que le français est une langue difficile et  inchantable – Passereau et Debussy ayant largement prouvé le contraire ! Parmi les centaines de fiches sélectionnées, sentir qu’une musique conviendra, de par la musicalité et le style, la poétique du texte et l’atmosphère qui s’en dégage.  Les choix de folklores sacrés particulièrement saillants et pleins de fraîcheur pour des voix jeunes ont participé dans une grande mesure à leur formation tant technique que liturgique. S’imprégner de ce contenu, le soumettre à la prière, puis à sa mise en « chevet » (sous la main) : l’éprouver à la lecture de la Parole de Dieu, renforcer la recherche par la lecture de la poésie mystique… La traduction en français sera en général littérale pour commencer, de façon à « sortir » le vocabulaire. Puis la poétique va lentement s’en emparer, remplacer telle consonnance d’un mot par un de nature semblable et plus chantable, telle évocation biblique… et s’il y a lieu, une rime en appelant une autre. Puis le test obligé à la répétition : vérifier les appuis rythmiques de  la phrase, de la respiration. Et surtout, si les membres du choeur aiment le chanter !

Fichier : Cantilène-répertoire

 

 

Concours de composition, chant de noël (carol) pour choeur

Petit âne gris (Etoile d’argent, 1982)
Texte et paroles, Joëlle Gouel
Piano, Eva Radacineanu (enregistrement, 1982)
Dagmar Clottu (plateau, 1990)
L’Etoile d’or, Télévision Suisse romande
Passage de Cantilène, remake, 1990

 

 

 

La célébrité est brève ! Entre deux ânes en ce qui me concerne…  Le petit âne blanc (Jacques Ibert) pour une première performance publique de piano… puis Petit âne gris, pour un concours de composition, L’Étoile d’Or, lancé par la Télévision Suisse-romande dans les années 80.
C’est cependant Cantilène qu’il faut considérer, le travail indiscutable de ces jeunes gens attachés au chant et entrant en liturgie. Cet événement nouveau en paroisse ne fait pas l’adhésion de tous et tend à isoler le groupe. Cependant, les invitations dans le Canton de Genève arrivent les unes derrière les autres – un cycle de 10 ans -. Aucune publicité n’est faite (la liturgie est « sacrée »). Il faut trouver un moyen d’encourager, mais aussi d’édifier. Le concours se situe dans un contexte musical sérieux avec plusieurs centaines d’entrées, pour la plupart des maîtres de musique. Le texte (évangélique) du petit âne est écrit au bureau, tandis que ma main scande un 5/8 typique des Donkey Carols anglais. La musique est écrite à la maison – les anges se mettent au Poulenc (semble-t-il  d’après le jury !). Coincée entre L’institut Jaques-Dalcroze et le Conservatoire Populaire de la ville de Calvin, il me paraît étonnant de l’emporter au premier tour cantonal… Puis l’Etoile d’Argent en finale (24 décembre 1982). Sélectionnée ensuite comme membre du Jury l’année suivante – Genève et finales (Bienne) – avec d’autres, aux côtés de Michel Corboz.
L’impression que ce concours m’a toujours laissée se situe dans la sphère « providentielle » - après la perte de mon poste d’enseignement musical en France – et le support indéniable dont Cantilène avait besoin pour le beau répertoire liturgique qui se dégagera pendant ces dix années, la confiance et la paix de notre groupe.

Enregistrements

Supplément :

*commissions : Peter Mathews, compositeur

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