Notre banquet, délices et liturgie

publié le lundi 20 juin 2011 par
dans Eglise & Culture > Eglise & Culture > Le chant de l'Eglise

Lectio musicale, 9-10 octobre 2011

Dans l’assemblée divine, Dieu préside ; entouré des dieux, il juge. (Ps 82, 1)

Nous sommes dans des types de péripéties et de préparatifs… Banquet fastueux de viandes grasses et vins capiteux, viandes succulentes et vins décantés… que nous donne à voir et à entendre Esaïe (25, 6-9) comme archétype du festin messianique. Et on dira : Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés… C’est lui le Seigneur, exultons, réjouissons-nous : Il nous a sauvés ! Alors, les musiciens se réunirent, les clans des chantres se levèrent et se mirent à l’œuvre pour composer des musiques et des chants magnifiques, dignes du festin de l’Éternel. Car banquet et musique, il va sans dire, vont de paire !

Arrive Saint Paul (Ep 4, 12…20) : « Frères, je sais vivre de peu, être rassasié et avoir faim, avoir tout et manquer de tout. Et mon Dieu subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse dans le Christ Jésus… Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen. » A contrario cette fois, c’est un silence carémique qui s’impose avant que ne résonne la louange – c’est Paul le liturge qui s’exprime – la doxologie d’abord et le gloria ensuite ! Recueillement dans l’attente, puis intensité du crescendo, exultation de la prière et des cantiques, magnificence du Royaume qui se manifeste parmi nous – « le sentiment, rayonnement de la musique » -, mystère des sons et des voix, du calice et de ses mets délectables.

Jésus se positionne à l’extrême des festivités (Mt 22, 1-14 : Un roi célèbre les noces de son fils et lance les invitations. Le banquet est prêt, les bêtes grasses et les bœufs, égorgés. Mais ça ne joue pas, c’est le cas de le dire ! Les invités font la tête, ils boudent et retournent à leurs affaires, leur image, leur carte de visite. Certains tuent mêmes les serviteurs qui les ont dérangés. Bain de sang, pataugeage, police scientifique. Et pour la musique : sirènes de la police et des pompiers. Il y a même plus que les sons, il y a la lumière…

Mais que s’est-il donc passé ! L’affaire a loupé. Le roi se serait-il trompé à ce point ? A notre étonnement, Jésus raconte qu’il reprend énergiquement les choses en main. Les serviteurs (d’autres encore) amènent, heureusement cette fois, des convives. Ils arrivent la faim et la soif au ventre… les mauvais, les bons ! La salle de noces est remplie, et la musique peut commencer. Sauf pour un des convives, en jeans et en bleus de travail ! Loin des logiques et des excuses de notre époque, le Christ raconte qu’il le « jette, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres ». Cette insoutenable manifestation du Messie interpelle. Tellement, qu’on a de la peine à en causer, à en prêcher. On aime bien le Royaume, mais tout de même. Travailleurs fatigués et amateurs, nous le sommes !

Comment sortir de mon histoire ! Paul en appel au peuple cette fois (Rm 1, 1-7) pour «que le nom du Christ soit honoré». L’honorer des lèvres. Bien chanter. La musique est un don ineffable. Y aurait-il erreur encore une fois sur la qualité des alléluias face au Père ? Luther n’a pas voulu laisser la bonne musique au diable. J’en dirai et j’en ferai de même ! Les élèves qui me sont confiés sont « musicalement » malléables. Faibles et amateurs, certes ! Mais la joie, l’enthousiasme même manifestés par la personnalité en gestation qui entre dans ce nouvel accomplissement de la musique est, à mon sens, une marque du divin (ou du diabolique, a contrario). « C’est par ethos qu’un musicien s’engage dans son art ! »

Après le choix du restaurant, nous voilà au concert pour écouter de la musique sacrée. Tous les chœurs en ville sont à 90% peuplés d’amateurs… Mystère donc que le chant choral, ces amateurs qui ne se réunissant pourtant qu’une fois par semaine, et qui parviennent à chanter – pour les banquets et les festins du monde – de grandes œuvres célèbres [Soli Deo Gloria]… Comme par miracle, les personnages « sortent » du marbre (Camille Claudel), mais encore faut-il le tailler habilement pour voir le miracle s’accomplir !

Icône sonore, banquet musical si génialement accessible dans sa simplicité et sa beauté ! Oui, qu’il soit donné de comprendre avec le cœur l’importance de ce miracle d’un chant accessible à chacun, de 7 à 77 ans ! Et qu’y met-on, dans notre corbillon ? Des sons, des intonations, des tons, des trisagions. Pour l’éternité, le banquet d’éternité.

_______________________________
Les citations sont tirées de l’ouvrage d’Ernest Ansermet, Écrits sur la musique, À la Baconnière, Neuchâtel, 1983.