« The sacred bridge »

publié le mercredi 16 mars 2011 par
dans Eglise & Culture > Presse

Chronique

Mars 2011

15 mars
The Sacred Bridge
[Le pont sacré]1, livre d’Eric Werner sur la musique de la synagogue et sa relation à notre culture liturgique occidentale (Le Chant de l’Eglise).  En s’inspirant de ce titre sera-t-il possible de créer un pont salutaire entre les instructions bibliques confiées aux chantres outre-civilisation et les « eaux musicales troublées »2 d’aujourd’hui, notre difficile actualité ? 
17 mars
Cette question m’habite dès mes jeunes années. Cantilène (ensemble vocal) m’a permis d’expérimenter le chant liturgique avec les jeunes (création de répertoire francophone), puis, avec Les Cahiers Liturgiques, d’y déposer ma conscience. Le site de ces Cahiers recueillera au jour le jour les irruptions imprévisibles que ce champ de réflexion provoque immanquablement.

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1 The Sacred Bridge, Eric Werner, Professor of Liturgical Music, Jewish Institute of Religion, Columbia University Press, New York 1959.
A bridge over troubled waters, une complainte hippie très populaire à l’époque des mes études aux USA. 

28 mars
Le  King’s Choir Cambridge à la cathédrale de Genève
« You will never be the same again ».  A l’époque, toutes deux enseignantes1 en route vers Cambridge pour assister aux Vêpres du fameux Collège de King, mon amie, par ce prélude, venait de m’offir mon avenir sans le savoir – ayant eu quelques années plus tard le privilège inespéré de travailler et de respirer le chant choral avec sir David Willcoks2 dans le cadre d’une formation en Techniques de direction et de chant choral.
Le « visiteur » que fut King’s College Cambridge a Genève en ce temps de Carême 2011, vient encore comme un onglet dans un livre, réitérer sans faillir cette curieuse impression sonore de ce de ce que j’avais vu et déjà  goûté il y a longtemps… celle d’arêtes d’un feu purifié ciselant le dessus des eaux, « comme une mer de cristal mêlée de feu » (Ap 15, 2a). Toute à l’écoute, debout au pied d’une colonne, je fus conduite sans détour à nouveau vers ce temps de la vision eschatologique du Chant de l’Eglise, celui des rachetés chantant le Cantique de l’Agneau3. En guise d’hommage, je pris les deux mains de leur chef Stephen Cleobury – à même hauteur d’allées, en sortant de la cathédrale – pour le remercier de tant de perfection musicale et liturgique4 , reprenant ce qu’Alveen avait prédit : – « Sir David indeed changed my life, I was never the same again » et lui de me répondre, -« Yes, he did it to us too! »  Et nous avons rit gaiement. Et brièvement, d’ajouter encore  – « You did it again, today… »

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Alveen T.   Professeur de littérature convertie à l’Anglicanisme devint prêtre. Aujourd’hui, elle sert l’Eglise dans le Gloucestershire.
2  
Sir David Willcocks

3  Le Cantique des rachetés, Les Chants du Pèlerin, p. 97 (Cf. Table liturgique)
4  Programme King’s College

28 mars…
Liturgie du dimanche 27 (Cathédrale de Genève  / Hymnodie
 Trois cantiques étayèrentcette Liturgie de Carême : 
AURELIA – L’Eglise universelle / The Church has one foundation – mélodie reprise trois fois dans Les Chants du Pèlerin (cf Table Liturgique : Le Fils #18 / Unité Chrétienne #36 /Mariage #65). 
Mon #36 reprend le texte du Laus Deo (Eglise et Liturgie, éd. 1956), une théologie de l’Eglise poétiquement plus visionnaire et complète que le texte choisi pour l’occasion.
–  HANOVER – Louez le Seigneur / O Worship the King – mélodie reprise dans Les Chants du Pèlerin (cf TL : La Trinité #4).
Psaumes et Cantiques (éd. 1976, #373). Publication d’un texte sans grandeur, trop éloigné de l’original de Robert Grant.  Malheureusement, ma confiance s’ébranle…  Il me faudra pour mon #4 trouver un autre souffle pour ma seconde édition.
LOBE DEN HERREN – Célébrons le Seigneur / Praise to the Lord, the Almighty – mélodie reprise dans Les Chants du Pèlerin (cf TL : Unité chrétienne, #39)
Psaumes et Cantiques (op. cit. #359) « Bénissons Dieu, notre roi ». Mon #39 reprend le texte de Laus Deo (op. cit.), Célébrons…  le Tout-puissant Créateur, plus grandiose et théologiquement bien étayé.

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 Les Chants du Pèlerin : AURELIA, #18, 36, 65 / HANOVER # 4 / LOBE DEN HERREN #39

Tandis que le choeur de King’s College chante en retrait un doux contrepoint de Carême (non identifié,  Kyrie-Gloria, Alléluia), le Peuple de Dieu s’étiole avec un Chant d’assemblée trop rapidement choisi sans référence, ni au Temps de l’Eglise, ni dans son rapport poétique avec les poèmes anglais originaux qui suscitèrent des titres aux auteurs francophones, mais non leur contenu… A l’observation, la culture française du Chant de l’Eglise est depuis un demi-siècle en constante défiguration de sa forme originelle. A contrario, pour l’Angleterre du King’s College Cambridge, c’est toute une nation qui se met en chantier au service de l’Eglise et de la liturgie : développer ce qu’il y a de meilleur en savoir-faire : le chant de ses enfants, les travaux de ses compositeurs – en bref, maintenir une civilisation chrétienne en voie (voix) de disparition.

28 mars
Un petit âne à Genève
En chorus à ce qui précède, encore aujourd’hui, voici la véritable histoire du Petit Âne Gris1 remise en mémoire à l’écoute du King’s College Choir.
Une quinzaines d’années vécue en pays anglophones (Angleterre, Etats-Unis) me donna à expérimenter de long en large les fameux Christmas Carols. De retour dans la région genevoise – après la perte de mon poste de directrice (école de musique, France), la nécessité de création d’un répertoire simple en langue française pour un choeur de jeunes gens (Cantilène) me conduisit à écrire et rythmer un chant de noël (famille des « donkey carols » en 5/8).  Brave et évangélique, un Petit âne gris se mit à trotter dans ma tête et sur le papier. Soumis sous pseudonyme au coucours de la TSR, le chant passa la rampe en demi-finale pour représenter Genève – devant l’Institut Jaques-Dalcroze et le Conservatoir Populaire de cette ville. Premier émoi ! La finale, prévue pour le 24 décembre en soirée fit galoper soudain ce petit âne en tête de liste2 qui remporta joyeusement son Etoile d’argent. Devant toute la Suisse francophone rassemblée devant le petit écran, la vaillance de cet animal méprisé – symbole biblique étrange et célébré ( i. e. l’âne du prophète Balaam, mais surtout celui qu’accompagne le Chant des Anges et qui porte Marie devant l’étable où Jésus doit naître3  – cet âne-là, le précautionneux quand il porte la jeune femme enceinte, puis le doux quand il berce tendrement, et le chaud soufflant sur l’enfant… le tout-joyeux enfin qui s’en retourne allègrement, égrenant de ses alléluia la nuit étoilée… Etonnée et ravie par cette victoire, oui, je le fus !

Grand branle-bas dans les chaumières. Comment ce chant put-il remporter la victoire ? Celle des jeunes qui l’interprètèrent face à la paroisse qui les exclut ? Comment put-il, cet âne-là, trottiner à l’évidence devant la fermeture d’une école de musique ? Devancer Jaques-Dalcroze et le Conservatoire Populaire à Genève ? Pourtant oui… « tous derrière et lui devant… » (Paul Fort / Brassens).
Un salut respectueux à ceux qui m’apprirent la technicité du chant et de la direction chorale –  Sir David… et d’autres aussi.  Un salut pour une formation indélébile qui n’eut jamais besoin de publicité et qui pendant une dizaine d’années chanta dans toute l’Eglise de la région lémanique et souvent accompagna le culte à la Cathédrale de Genève. Un grand salut aux hommes intègres qui participent aujourd’hui à l’éducation des enfants et des jeunes dans l’Eglise, dans la formation liturgique et du chant sacré.

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1 Radio-Télévision Suisse Romande, Concours de composition L’Etoile d’Or, 1982, remake, 1990. 
2 Plus de 400 sélections au total (1982-1985).
3 Les Chants du Pèlerin, cf TL : Avent et Noël

28 mars
Il n’y a plus d’abîme..
.  Je cherche dans le tréfonds de moi-même pourquoi tant de mémoire de bonheur passé et de raccord à celle-ci avec l’aujourd’hui de ma vie ? Pourquoi tant de temps utilisé pour retranscrire mes souvenirs ce matin ? Puis, ce soir, une lecture (confirmation) me fournit une réponse : « Il n’y a plus d’abîme entre le sujet qui se souvient et ce qui est l’objet du souvenir, c’est-à-dire la vie elle-même »1.

29 mars
Je prendrai encore autorité
– à l’ombre d’Alexandre Schmemann1, ce qui honorera sa mémoire pour la vérité qui se dégage de son livre – pour étayer ce que j’ai encore à dire aux hooliganisme d’église dans nos pays francophones qui détruisent la culture musicale des jeunes et Le Chant de l’Eglise, leur incompétence, voire leur illétrisme en face non seulement de l’art musical ici-bas, mais leur ignorance de la Parole de Dieu en regard d’une réalité éternelle.

 » … Puis, nous sommes allés à l’église Sage-Chapel (près de Cornell University, Lake Ithaca, New York2 … où j’étais venu plusieurs fois. Le choeur y est splendide et, chaque fois, il m’émerveille. J’ai observé les visages de ces jeunes gens et jeunes filles (les étudiants) tandis qu’ils défilaient en procession devant moi et j’ai eu un choc au coeur : combien le monde recèle de bonté, de beauté, de pureté, et combien ces jeunes choristes aspirent à tout cela (inconsciemment sans doute) … et combien tout cela est transformé en un véritable gâchis par notre civilisation, par ces universités qui savent tout hormis la raison pour laquelle elles existent. Malheur à celui qui est une occasion de chute (Mt 23, 7). »

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1 Alexandre Schmemann, Journal (1973-1983), Editions des Syrtes, Paris, 2009 pour la traduction française, p. 214.
2 Curieusement, l’endroit où j’enseigna la musique aux Etats-Unis en 1972.

2 avril – La Prière de Soir, Chapelle des Pèlerins
Comme en écho à  AS ci-dessus. Seule dans la chapelle ce soir à veiller. Puis une timide hésitation sur le seuil… trois jeunes gens apparaissent pour « visiter ». Trois jeunes protestants de Paris. Trois anges que le Seigneur m’envoie, étonnés de me voir ! En quelques mots je les invite à chanter les répons préparés (Taizé et orthodoxes). Leurs jeunes voix s’élèvent, limpides et justes, brisant le silence qu’ils cisèlent de pureté. Yes ! Les jeunesont soif de pureté, de beauté, de vision angélique eux aussi, bien plus que les doctes adultes qui pensent à leur place. L’erreur pour l’Eglise est d’ignorer leur potentiel musical, de manquer de vigilance et de concertation dans ce domaine. D’ignorer l’Esprit. Le chant sacrifié – ce que je nomme Le Chant des Agneaux.

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1 Répertoire sacré et profrane de Cantilène.